Favoriser la santé communautaire : une entrevue avec la coopérative canadienne Norwest Co-op

Le Réseau Éducation et Solidarité s’est entretenu avec Michelle Kirkbride, qui exerce en tant que coordinatrice du développement communautaire, et Mike Sadlowski, qui travaille dans le domaine des soins primaires en tant que kinésithérapeute ainsi qu’au développement communautaire dans le centre de santé communautaire NorWest Co-op au Canada.

RES : Pouvez-vous nous en dire davantage au sujet de votre organisation ?

MK : NorWest Co-op est la seule coopérative de santé du Manitoba. Nous proposons des services à la population de Winnipeg, qui vont des services traditionnels de médecine et d’infirmerie à la nutrition, la kinésithérapie et l’activité physique. Il y a également des conseillers sur place pour répondre à une série d’enjeux, certains liés aux violences domestiques, d’autres à la santé mentale ainsi que des conseils généraux. Nous nous appuyons également sur le développement communautaire, dans le cadre duquel notre équipe peut travailler à de multiples projets tels que Hans Kai ainsi que des programmes axés sur la jeunesse. Tous les projets menés par notre équipe de développement communautaire sont liés à la santé de notre communauté, en responsabilisant les individus. Nous comptons 150 employés et environ 2 000 membres.

RES : Comment décririez-vous la culture de votre organisation ?

MK : La culture de notre organisation est essentiellement basée sur les principes de la coopérative. Nous sommes convaincus que tout le monde doit pouvoir se faire entendre, que tout le monde devrait avoir l’opportunité de partager ses compétences. Nous ne partons pas du principe que nous savons plus que la communauté. Cela concerne vraiment leurs besoins et leurs envies, ou la manière dont ils pourraient atteindre la situation dans laquelle ils pourront vivre la vie qu’ils désirent, et comment les soutenir dans leur parcours. Nous souhaitons encourager une culture du leadership au sein de l’équipe et au sein de notre communauté.

MS : En effet, notre objectif principal est notre communauté elle-même. Les écouter, c’est ce qui fait vraiment la différence de notre organisation. Nous entendons ce qu’ils veulent et nous essayons de trouver le meilleur moyen de faciliter ces besoins.

RES : Comment définiriez-vous la santé et le bien-être ?

MK : Je dirais que c’est probablement lorsque les gens vivent une vie qui leur procure un contentement, qu’il s’agisse de leur santé physique, de leur santé mentale, ou même de leur santé économique et spirituelle. Nous faisons de notre mieux pour soutenir les gens afin qu’ils puissent atteindre leurs objectifs, et nous essayons de favoriser une vue globale de la santé et de tous les différents facteurs qui peuvent avoir un impact sur elle.

RES : Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est l’approche communautaire ?

MK : Nous essayons de travailler avec les membres de la communauté qui manifestent un intérêt à s’impliquer dans leur santé et leur bien-être, disons. Cela prend beaucoup de temps, et nous devons réellement nous impliquer et nous investir auprès d’autres partenaires, des membres de la communauté et la communauté elle-même. Par exemple, nous avons ce que l’on appelle un centre de ressources implanté directement au sein de nos communautés les plus vulnérables, qui représente une version miniature de NorWest dans la communauté. Lorsque les membres de la communauté le fréquentent, nous pouvons commencer à nouer une relation avec eux, nous recueillons leurs opinions sur ce qui serait bénéfique pour leur communauté et la manière dont nous pourrions nous impliquer. C’est le meilleur exemple que je puisse donner… Nous pensons réellement que la communauté a un droit de connaissance sur sa santé et son bien-être et sur toutes les choses qui peuvent avoir un impact dessus. Mais parfois, cela peut s’avérer un enjeu.

MS : En outre, lorsque nous lançons un programme et qu’il y a quelque chose que la communauté apprécie vraiment, il y a généralement des gens qui se démarquent en tant que meneurs. Ceux-ci deviennent nos porte-paroles, ils parlent de plus en plus aux membres de la communauté et tout à coup, la communauté commence à s’approprier ces programmes. Parfois, nous devons en effet aller à contre-courant. Mais dans nos esprits, nous souhaitons apprendre aux gens des compétences leur permettant de se responsabiliser, afin de prendre le contrôle de leur propre santé et de comprendre pourquoi ils font certaines choses.

MK : L’idée, c’est que nous voyons la communauté comme un partenaire et non comme un client. Et que quelquefois, nous devons être capables de prendre un risque. Lorsque nous avons importé le programme Hans Kai au Canada, je me souviens que les gens disaient : « ça ne va pas marcher au Canada, les groupes ne vont pas s’auto-évaluer et ils ne vont pas partager les informations ». Ils se trompaient complètement, et il n’y a rien de grave à l’admettre. Parfois, il est nécessaire d’aller à contre-courant, tant que cela ne fait de mal à personne.

RES : Pouvez-vous nous en dire davantage sur le programme Hans Kai ?

MK : Il y a quelques années de cela, on nous a présenté le Hans Kai, un programme japonais. Comme on nous demandait constamment de proposer des programmes de santé différents, nous avons pensé que Hans Kai pourrait être un bon moyen de les relier entre eux et de regarder tous les différents éléments qui affectent la santé, plutôt que de rester dans une seule branche d’activité ou d’alimentation saine. Nous avons donc travaillé pendant un an avec l’un des membres de l’équipe au Japon afin d’obtenir toutes les informations dont nous avions besoin, ainsi qu’avec une multitude de personnes (allant de travailleurs communautaires à des médecins), afin de déterminer les enjeux de santé et le type d’interventions et de connaissances que nous allions proposer à la communauté. Ensuite, nous avons testé cette version avec 2 ou 3 groupes communautaires et lancé un projet de recherche afin de développer le programme, qui se concentre sur l’alimentation et les activités saines, la gestion du stress mais aussi l’importance du soutien social. Nous proposons également une version jeunesse du programme, qui a été créée par la communauté elle-même (la jeunesse et l’école). Actuellement, nous comptons 274 personnes inscrites, mais au Canada, probablement plus de 1 000 personnes sont passées par le programme Hans Kai depuis 2010. 

RES : Proposez-vous d’autres programmes de santé ?

MK : Oui. Hans Kai est probablement le plus vaste pour les adultes et la jeunesse, mais nous comptons une multitude de programmes. Étant donné que la plupart de nos communautés vivent en-dessous du seuil de pauvreté et ont des difficultés d’accès à la nourriture, nous avons mené de nombreux programmes sur la manière d’utiliser des aliments à bas coût et comment les cuisiner de manière fraîche. Nous animons bon nombre de programmes axés sur la nutrition, qui vont de la manière de manger en étant atteint de diabète, jusqu’à des rencontres où les personnes cuisinent et partagent de la nourriture. Nous réalisons ces programmes pour la jeunesse également, afin qu’elle puisse bénéficier d’une forme de compétences fondamentales, de programmes de gestion de la colère, de programmes axés sur l’estime de soi, etc.

MS : En effet, et nous proposons également de nombreux programmes d’activités physiques différentes. Dès qu’il y a une demande, nous essayons d’y répondre. Nous nous concentrons sur la prévention des chutes, la convalescence, les enjeux de mobilité, comment pratiquer des activités physiques avec une mobilité réduite, etc.

RES : Merci à vous !